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Pour ou contre les AOC?

Guerre-etiquettes

Aujourd’hui c’est Thomas qui rédige un article qui tombe à pique par rapport aux éditos que nous écrivons sur les vins naturels en général, mais aussi vis à vis de certaines de mes remarques concernant l’organisation du salon des vignerons indépendants. Merci Thomas !

On dispose en France via l’INAO d’un système d’appellations d’origine contrôlées ou AOC. Mais il en existe d’autres telles que VDQS, « vin de pays » ou « vin de table », plus, voir beaucoup plus permissives.

De nombreux vins testés dans ce site ne mettent pas en avant les AOC mais plutôt le coté naturel par des cuvées aux noms sympathiques ou même le cépage. On peut trouver regrettable que sous les prétextes de la différence ou de sortir des chemins battus, ces vins s’affichent comme vins de cépage et non pas appellations (ce qu’ils sont/peuvent être par ailleurs).
Les AOC retracent le patrimoine culturel du vin en France : certes elles ont leurs défauts mais ont au moins le mérite d’exister et ce depuis longtemps (trop si on en croit certains débats, notamment du coté des Bordeaux).

Les gens qui défendent haut et fort les couleurs (vertes) du bio, en demandant que les viticulteurs se certifient (label AB entre autres), devraient également militer pour ces appellations, car, au delà d’une démarche vis à vis du consommateur, il s’agit de respecter le terroir.
On peut comprendre les envies créatrices des vignerons, de packager et vendre leurs « produits » (couleurs flashy, nom sympathique, cépage bien en avant) mais attention au final de ne pas « tomber » dans les dérives du nouveau monde où un vin est plus associé au cépage et au producteur qu’à une région donnée.

Si on peut respecter les tentatives de sortir des cépages autorisés dans les AOC, que ce soit à titre d’initiatives amusantes (on pense notamment aux Grandes Grues Glacées de  François Villard où les cépages bordelais sont plantés dans le Rhône) ou pour réintroduire des cépages oubliés  (Aubry en Champagne, Emmanuel Giboulot en Bourgogne – voir un excellent article sur lui http://vdlblogisabelle.blogspot.com/2009/04/entretien-avec-emmanuel-giboulot.html), on ne peut que regretter le plantage de cépages « mondiaux » dans des zones où historiquement ils étaient absents. Des exemples? Il y en a trop mais on citera les Vins de Pays d’Oc à base de Chardonnay, de Syrah ou de Pinot Noir (même en bio comme on en trouvera à petit prix chez Monoprix ou Carrefour).

A l’heure où la cuisine française est rentrée au patrimoine mondial de l’Unesco, et que des dossiers sont en cours par régions (Bourgogne notamment), ce débat parait d’actualité.

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Pendant des années, je pensais ne pas aimer le vin blanc. Jusqu'à ce que je découvre le vin nature, de façon assez fortuite grâce à notre amie Axelle. Ce fut une révélation, le début d'une passion, largement partagée depuis ce jour, d'abord avec Jean-Hugues et aussi au travers de toutes ces belles rencontres que nous avons faites depuis. Ce blog est l'une des résultantes de cette passion.

9 Kommentare

  1. La réponse serait plutôt : « Tout dépend à qui l’on s’adresse ! »
    Pour ma part si tu me parles d’appellations, j’en connais quelques unes, mais je ne suis pas super à l’aise. Si je regarde la définition résumée, je lis : « L’appellation identifie un produit qui tire son authenticité et sa typicité de son origine géographique » et c’est là pour moi que les choses deviennent compliquées. Car non seulement il faut connaître les caractéristiques de l’appellation, mais cela nécessite aussi de bien connaître sa géographie. Autant te dire que moi et pas mal de gens qui n’ont pas une connaissance approfondie du vin, nous sommes perdus.

    Pour ma part, il me semblerait bien plus clair et bien plus simple de justement éviter de mentionner l’appellation comme référence première mais plutôt de faire figurer la zone géographique, puis l’appellation et ensuite le(s) cépage(s) et enfin le producteur et pour finir le nom du vin. On a ainsi et assez simplement :
    Région > Appellation > Cépage(s) > Producteur > Nom du vin.
    Ainsi on retrouve l’ensemble des informations nécessaires pour un consommateur lambda, comme moi. Tu ne connais pas ce vin ? Tu connais peut-être le producteur ? Tu ne connais pas réellement le cépage, il te reste l’appellation et enfin la région.

    En ce qui concerne les vins naturels, on est dans un cas de figure un peu particulier car c’est vraiment le vigneron avec qui on est dans une relation de confiance. Le “Vin naturel” n’étant pas une certification, on est simplement dans un rapport de confiance avec le travail et la manière de faire du vin. Par conséquent, les noms originaux et les étiquettes flamboyantes sont le simple reflet de la volonté du vigneron à qui l’on fait confiance. J’y vois aussi une forme de personnalisation et d’humanisation des rapports entre le vigneron et les amateurs de vins.

  2. Pour car elle elles sont un garde fou (notamment pour éviter que des cépages étrangers à une région ne soient confondus avec les cépages authentiques) !
    Comme il est indiqué dans l’article, il y a un cadre pour les différents types de vins (AOC, VDQS, Vin de table) ce qui donne à un vigneron les moyens de s’exprimer et de constituer sa gamme entre liberté d’expression et respect de l’appellation.
    Les appellations sont une référence malgré tout. La lisibilité serait surement à améliorer de même que cette fameuse notion de typicité qui enferme encore des régions dans des expressions has been et laisse sur le trottoir des vignerons qui offrent une autre lecture de leur appellation sans la galvauder.
    L’avantage de cette palette de dénomination c’est d’éviter de rester dans un guetto comme peuvent l’être certains vignerons nature pur et dur aujourd’hui. Ils produisent peu et sont heureusement portés par un réseau commercial qui se spécialise dans cette tendance mais qui reste confidentiel. Le jour où il y aura trop d’offre nature, ils vont avoir du mal à élargir leur clientèle si leurs étiquettes ne sont pas plus lisibles ou manque de repères.

  3. Thomas dit

    Certains éléments méritent encore d’être éclaircis.
    Si on prend la Bourgogne (pas si au hasard que ça), ce que jbh appelle le nom du vin correspond à l’appellation. En effet un producteur peut avoir plus d’une vingtaine d’appellations à son catalogue, chacune correspondant à une parcelle, qui à cépage identique donnera des vins complètement différents en fonction du terroir (la composition de la terre, l’inclinaison, l’exposition au soleil et l’âge des vignes).
    Dans le cas de la Bourgogne en plus il y a dans l’appellation une notion de qualité entre les différentes parcelles (dits « climats ») de la localité. On distingue ainsi villages, premiers crus et grands crus. Cette notion de classement se retrouve aussi dans le bordelais, exprimée différemment selon les régions (Médoc, Libournais..).
    On ne peut donc pas dire j’ai envie d’un pinot en Bourgogne, mais on pensera plutôt à son caractère : je veux des tanins et de la force je choisis un Pommard ou un Gevrey-Chambertin, de la finesse et de la rondeur un Volnay ou un Chambolle-Musigny.
    Enfin concernant le rapport vigneron consommateur, cela dépend si on cherche à le simplifier (lisibilité) ou à l’étoffer (confiance).
    Je rejoins en tout cas Jérôme sur la partie confidentialité, et que si on souhaite que les vins que nous buvons soient le plus naturel possible il faut que cela sorte des «ghettos ». Heureusement en prenant toujours – et encore – la Bourgogne en exemple que les plus prestigieux domaines sont (déjà depuis longtemps) dans une démarche AB (DRC, Trapet, Leroy, Comtes Lafon, Dugat-Py, Drouhin..).

  4. Moi je suis plutôt pour un maximum d’informations sur tous les éléments liés au vins, et je pense que la transparence est déterminante (la teneur en soufre ajoutés, par exemple), mais autant pour le « climat » que pour le « cépage » ou l' »appellation », et je n’en démords pas, 80% des gens n’y comprennent strictement rien. C’est la triste réalité…

    Donc avant de vouloir aller plus loin dans la précision il serait bon d’établir un « zoom » plus large de la zone dans laquelle le vin a été élaboré. C’est tout bête, mais une simple carte de France avec le lieux concerné où se trouve le vignoble serait une super amélioration à mon sens. Je crois que la critique récurrente qui est faite au sujet des vins français, c’est que l’on n’y comprend rien !

    Conserver à la fois les termes spécifiques liés aux vins en les complétant d’informations plus généralistes serait un plus indéniable pour les amateurs.

    • Thomas dit

      Aïe, c’est là que ça se complique on dirait : uniformiser la lecture d’un vin ne serait-il pas uniformiser le vin ? Chaque région fait ses vins à sa manière, et cette (viti)culture a pris beaucoup de temps à s’établir pour nous fournir la merveilleuse diversité que l’on a en France (et ailleurs aussi, je pense à l’Italie notamment).
      Les règles changent d’une région à l’autre:
      – en Alsace on joue sur la diversité des cépages et le terroir
      – en Bordeaux sur les assemblages de cépages
      – en Bourgogne sur les terroirs mais pas les cépages
      – en Champagne sur les millésimes
      etc.
      C’est un puzzle à N dimensions. Comment dans ce cas généraliser ? Sur quel axe ?
      Encore un logo sur la bouteille pour pallier nos lacunes géographiques ?
      Éduquons-nous au vin, goutons, découvrons et faisons découvrir, cela reste la meilleure solution pour ceux qui veulent comprendre ce qu’ils boivent…

  5. C’est là où justement, pour moi, c’est assez simple !
    Dans l’idée que je m’en fais :
    Tu aimes le Bourgogne, aucun soucis, la région est présente sur la bouteille par la présence d’une carte.
    Tu préfères le Bordeaux, on a aussi ça en boutique (t’as vu la carte ?!).
    Le vin t’intéresses, super, tu peux alors te pencher sur d’autres régions, puis le temps faisant tu t’interroges sur le terroir, les cépages, les climats et comme les choses sont clairement indiquées sur l’étiquette et bien rapidement tu viens à acquérir les subtilités qui sont liées à la culture du vin.

    Je ne suis ni pour une uniformisation, ni pour une généralisation de l’information et des pratiques. C’est tout le contraire. Je suis pour que tout un chacun puisse comprendre, à son niveau, quelles sont les informations qu’il est en droit d’attendre de ce qu’il va boire.

    Si on se base sur ce qui existe actuellement, les étiquettes sont des trous noirs. On ne sait rien de l’endroit où elle sont faites, ni comment. Il faut aller au-delà de ces informations, être curieux.

    Il y a quelques années j’étais devant le rayon des vins comme un bovin en stabulation. Il faut que les choses changent, il faut fournir de l’information, une aide utile et nécessaire aux gens qui veulent en savoir plus sans avoir à acheter le Guide des Vins.

    D’ailleurs travailler sur une maquette d’étiquette de vin présentant les éléments clés de ce qu’est un vin serait une excellent idée, non ?!

  6. Thomas dit

    Je comprends la frustration face au choix d’un vin dans un rayon de supermarché, mais également celle du néophyte face à la montagne de connaissances à avoir pour percer les secrets du vin.
    Mais finalement qui aura cette curiosité? Et la complexité n’était elle pas liée à ce savoir qui maintient tant de métiers autour du vin (sommelier, caviste, bar à vins, critique, etc.).
    Finalement, je suis contre l’achat du vin en grande surface, même si en tant que consommateur averti je me le permet parfois.
    Pour en revenir aux éléments clés de cette étiquette, c’est bien là où le bas blesse. Ils ne sont pas identiques d’une région viticole à l’autre. Et finalement tous les détails fournis sur cette étiquette permettront-ils le choix d’un vin adapté à un plat ? C’est ce qui me plait dans le vin, les échanges, les partages, les comparaisons: discuter avec un caviste reste un grand moment où l’on goute la bouteille avec les mots.

    Bon allez un petit cadeau pour s’initier aux Bourgognes (la plus complexe des régions selon certains) avec les meilleures cartes (de Pitiot).
    http://www.vins-bourgogne.fr/connaitre/la-terre-de-bourgogne/le-terroir/fondement-des-terrroirs-bourguignons,13,25.html

  7. Je suis plutôt d’accord avec Thomas sur le fait que les supermarchés ne sont pas propices à l’apprentissage du vin. Ce n’est même pas dans l’esprit des distributeur de cette filière d’expliquer le vin et ses subtilités. On l’achète et on le vend comme un produit de consommation, ce qu’il n’est pas ! ça on le comprend un jour ou l’autre quand on a mis son nez dans un vin d’artisan vigneron.
    A terme la curiosité poussera forcément l’amateur vers les vignerons ou vers les professionnels du vin (cavistes physique ou web). A ce moment là l’étiquette n’aura presque plus d’importance car il y aura un discours autour du vin.
    Après il est clair qu’il est difficile de se retrouver dans toutes les régions, appellations, cru, climat, type de vin,…. Qu’on le veuille ou non le vin est complexe et demande de s’y intéresser un peu pour s’y retrouver.
    En ce qui me concerne je serais plus partisan d’un complément d’information lié à la méthode de production/vinification. Le soufre est un élément intéressant, mais il y en a d’autres comme l’utilisation de produits de synthèse, de pesticides, d’engrais chimiques. En fait tout ce qui pourrait permettre que ce ne soit pas toujours au vigneron bio de se justifier.

  8. En fait, ce billet porte mal son nom, car si on vient à reprendre nos échanges ce n’est pas pour ou contre les AOC que le débat se situe, mais plutôt sur la nécessité que les acteurs du vins ont à adopter une communication plus transparente sur les étiquettes en fournissant un nombre d’informations beaucoup plus importantes que celles qui existent déjà.

    Bien évidemment, il est préférable d’aller chez son caviste pour acheter un vin de qualité. Avoir les connaissances et le temps nécessaire pour facilement faire un choix qui corresponde à ses attentes et à ses goûts. Tout en restant ouvert à la nouveauté et à l’originalité, tout en ayant une compréhension et une culture du vin poussée.

    Mais richesse n’a pas forcément à rimer avec complexité et devrait plutôt susciter la curiosité. Curiosité qui peut-être amorcée et animée par un minimum d’informations. Communiquer c’est avant tout être capable d’utiliser un vocabulaire commun, pour amorcer un échange transparent et clair.

    Regard sur les faits et la réalité des ventes de vins en France :
    Les ventes de vins en grande distribution et chez les discounters en France représentent 75 % du marché et ce marché a encore augmentée de +1,3% (en volume et en valeur) entre l’année 2009 et 2010. Le prix moyen d’une bouteille achetée en France est de 2,38 euros. Sans commentaire…

    Continuer à entretenir le mystère dans ces conditions n’est pas raisonnable, mais plutôt kamikaze.

    Les articles fournissant ces chiffres :
    Le vin en plein essor
    La stabilité des ventes cache le succès des vins de cépages

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