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Le magazine Charles nous parle des 30 ans des Verts

Le magazine Charles nous parle des 30 ans des Verts et de Daniel Cohn-Bendit

Charles, est un trimestriel politique et cette fois, celui-ci est consacré aux 30 ans des Verts. On retrouve forcément Daniel Cohn-Bendit et une multitude d’interviews et de réflexions sur les verts les plus connus. Mais ce qui a retenu toute notre attention, c’est cette incroyable et surprenante introduction de François Mitterand, qui, au-delà de ses talents d’écrivain, nous livre ici un superbe texte sur son enfance et la nature. On vous laisse apprécier :

« Dans mon enfance charentaise j’habitais une maison à trois kilomètres du premier hameau. Elle était assise sur le rebord d’une vallée. Le toit des granges touchait le sol, au bas coulait une rivière. La vigne, le blé, le bois, le pré et l’eau nous fournissaient le nécessaire. On pêchait l’anguille. On pressait l’huile de noix. On buvait le lait de nos vaches. À la jointure de juillet, on passait de l’odeur des foins à celle des moissons. On respirait la sueur et la poussière des battaisons. Le soir, on abaissait la lampe pour allumer le manchon à gaz. Le poêle à bois ronflait dès octobre. La vie quotidienne passait par les chemins détrempés de novembre, la terre coupante de février, les jambes molles du printemps. De la fenêtre du grenier, je pouvais d’un regard faire le tour de la terre, nord chevelu d’orme et de chêne, est pierreux, ouest de Toscane, sud en profil perdu sur des fonds verts et bleus. Une carrière tachait d’ocre la blancheur du calcaire. Pas une cheminée plus haute que de raison, pas de tourbillons poisseux de fumée noire. Quand la forêt brulait en offrande au soleil, le tragique restait pur. On épousait, sans y penser, le rythme des saisons et la courbe des jours. Les animaux, les arbres, les champs portaient un nom. J’ânonnais celui des étoiles. Je savais de naissance que vivaient sur la terre des chevaux, des abeilles, des roses. J’appris de surcroît qu’existaient les perches arc-en-ciel, les poules d’eau et les grands ducs. Je vous épargnerai la suite qui vous raconterait des millions d’enfances semblables à la mienne jusqu’à ce que l’homme de l’ère industrielle et de la ville oubliât que la nature c’était lui, qu’il était la nature. Voilà la vraie révolution moderne. Pour la première fois depuis que le monde est monde et que l’homme y joue sa partie, il peut détruire l’ordre des choses. Et il détruit. Et se détruit. L’écologie exprime cette prise de conscience. En ce sens, elle est politique, comme le reste. L’écologie sans poésie serait ce qu’est à l’oasis le palmier en fer de Djibouti. Ce rappel des images, des sensations de mon enfance, ne tombe pas par hasard. Je ne serais pas sensible aux thèmes écologiques. Mon petit récit vous fera peut-être comprendre pourquoi m’horripilent ces visiteurs du soir, qui découvrent que la Terre est ronde avec de l’eau dedans, dessus, de l’air autour et qu’elle est habitée par d’autres vivants que les hommes. Les voici qui dressent à tous les carrefours des panneaux menaçants : «la nature est à moi ». La mort des ormeaux est, pour moi, un deuil de famille. L’acide dans la rivière et les poissons le ventre en l’air, l’hélicoptère et sa tonne de défoliants, petit nuage de mort blanchâtre, je les ressens comme une guerre. Le bitume des directeurs de l’équi-pement me ronge l’estomac. Que voulez-vous que j’éprouve, quand le bang des supersoniques casse mes vitres et chasse les oiseaux? Quand le bulldozer abat dans la semaine la forêt de lumière où je redécouvrais les harmonies perdues? Je sais au nez d’où vient le vent. J’ai les poumons écologiques. »

«L’ÉCOLOGIE EST POLITIQUE» SOURCE: ICI ET MAINTENANT, F. MITTERRAND, FAYARD, 1980.

Je ne me souviens rien de ce que François Mitterrand a fait pour l’écologie, aucun souvenir particulier ou de notoire en faveur de l’environnement.  Je ne l’accuse de rien,  mais je constate que même en étant à la tête d’un état (puissant, encore à l’époque), on se sent tout aussi impuissant et spectateur qu’un simple citoyen. Et la seule réflexion qui me vienne à l’esprit est la consternation.

 

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